>>Des "races" humaines ?

2 juillet 2010
Cooperaction.org 

Yves GILLE - M'écrire

Nathalie Delaleeuwe a écrit :

Bonjour,

Question naïve. Mais je sais qu’on parle parfois en médecine de maladies qui touchent plutôt certains groupes ethniques que d’autres. mais peut-on parler de race ? A quoi sont dues ces différences entre des groupes de population différentes ? Est-ce une question de "race" ?? (par ailleurs on nous répète depuis plusieurs années - et c’est une bonne chose - que les races n’existent pas surtout sur le plan génétique) Question naïve, je vous disais. Des idées ?

Nathalie

Inutile de dire que la question n’est pas simple car largement brouillée par tout un tas de notions plus politiques ou plutôt démagogiques que scientifiques et objectives !

Je vais essayer de dire brièvement ce qu’il me semble qu’on peut penser, d’un point de vue scientifique aujourd’hui. Ceci sans m’encombrer de politiquement correct ni de ronds de jambe... mais je pense que chacun y est habitué, en ce qui me concerne !

La notion d’espèce se caractérise par le fait (dans 99,99 % des cas) que tous les individus d’une espèce donnée sont inter féconds donc aptes à créer une descendance. C’est la seule notion scientifiquement indiscutable.

Le mot de race peut être considéré comme synonyme de sous espèce ou de biovar ou biovariant : ce sont des groupes d’individus qui, sélectionnés naturellement (isolement géographique, pression du milieu...) ou artificiellement, présentent des caractères particuliers, différents de l’espèce d’origine. C’est assez évident pour les races de chiens, chats ou bovins. C’est bien sûr aussi le cas pour Homo sapiens : la race blanche ou jaune sont des biovars de la race d’origine noire (pour ce qu’on considère aujourd’hui) . L’isolement géographique est évident. La pression du milieu fut le manque d’ensoleillement (certains groupes on probablement re-noircis ultérieurement : sud de l’Inde).
Plus étrange mais montrant bien que ce n’est pas un phénomène brusque mais une sélection progressive pouvant aller très loin : il est probable que les Homo sapiens neandertalis (disparus aujourd’hui) et Homo sapiens sapiens (nous tous) qui sont une même espèce (sapiens) vivant au proche orient étaient bien inter féconds. Inversement, ces deux sous espèces vivant en Europe de l’ouest ne l’étaient probablement plus : le temps (plusieurs dizaines de millénaires) qui a séparé les deux migrations des deux espèces jusqu’en Europe de l’Ouest (donc impossibilité de croisements) ont été tels que les dérives génétiques de neandertalis les ont rendu "incompatibles" avec sapiens ! Là, les biovars ont dérivés l’un par rapport à l’autre jusqu’à être deux espèces différentes... en un lieu donné !
Il faut donc concevoir que les choses ne sont pas figées mais que ce sont de perpétuels glissements (mutations génétique après mutation génétique, le temps passant) et que toutes ces notions sont plus quantitatives que qualitatives contrairement à ce qu’on pense souvent.... Bon, j’espère avoir été clair !

Chez l’homme actuel il est évident que c’est la seule et même espèce, indiscutablement inter féconde.
Il me semble tout aussi indiscutable que des groupes ont des caractéristiques, soit physiquement évidentes (couleur de peau, de poils, taille moyenne...), soit moins évidentes (groupes sanguins, groupes HLA...), soit mentales (goût du jeu, goût et capacité à se protéger dans le futur, aptitudes mécanique, musicale...) qui les distinguent en moyenne d’autres groupes. Si ces caractères sont hautement fréquents et stables dans le groupe, il est parfaitement logique de parler de race même si le politiquement correct (qui a la vertu de tout brouiller, de tout rendre confus... mais de ne protéger personne) préférera biovariant ou bien quelque néologisme du même genre que le stupide (et choquant pour les aveugles) "non voyant" (car c’est plus bien vu ( !) d’être aveugle, semble-t-il). Il me semble qu’on est peu gêné de parler de race pygmée par rapport aux races de brousse (hottentote ( ?) de près de 2 m de haut. D’ailleurs, la "race" juive revendique son caractère de "race élue", ce qui me semble loin du complexe d’infériorité (et pourtant, elle, est bien loin d’être restée une race si tant est qu’elle le fut jamais).

Donc : oui, une race est caractérisée par un certain nombre de gènes que portent un certain nombre d’individus. Si la race existe bien chez nombre d’espèces animales, elle peut parfaitement exister chez l’homme... au moins en théorie... car les mélanges sont évidement bien plus fréquents et intenses que chez des races animales sélectionnées artificiellement ou même naturellement (chevaux d’Asie centrale et chevaux arabes...). Et pourtant, les essai de sélection ont existé : la grande race arienne d’Hitler (qui a donné une descendance, essentiellement composée de débiles, et qui s’est donc rapidement éteinte !) comme l’élimination des "impures" (mentalement, dans ce cas) par la guillotine ou les grandes purges staliniennes.
Ce n’est pas la notion de race qui est "pathologique" , c’est ce qu’on en a fait : race supérieure, inférieure (intermédiaire ?!!). Oui, on peut dire qu’une race est supérieure sur un point : qui contestera que les Ethiopiens sont plus doués pour le marathon que les pygmées et que ces derniers sont plus aptes à résister à un climat chaud et humide que les premiers ? que les Sherpas sont meilleurs pour la marche en montagne que les Fidjiens ?... Que les Norvégiennes sont plus blondes que les Napolitaines (on peut préférer les blondes !) ? Mais qui peut et oserait dire laquelle de ces races est objectivement "supérieure" "en général" ?

Donc, last but not least : oui, les différences entre populations sont très souvent - presque toujours - liées à des gènes différents, sélectionnés dans cette population, par hasard ou, plus souvent, pour mieux s’adapter à des circonstances locales. La nature génétique de cette différence n’est pas une constante : le simple entrainement à une activité, à l’hostilité d’un milieu, peut rendre plus résistant : l’infarctus du myocarde et autres maladies vasculaires, sont bien plus rares dans les populations peu nourries et soumises à un travail physique important et permanent. Ils évitent dans ce cas, simplement, deux facteurs de risque : manque d’activité et suralimentation.
On peut même observer l’inverse, génétiquement, de ce qu’on observe comme phénotype [1] : on a découvert le "régime crétois" en constatant que la fréquence des infarctus du myocarde et plus généralement les athéromes vasculaires était moindre en Crête que dans des populations occidentales "moyennes". Ce régime déborde largement la Crête et on pourrait le qualifier plus largement de "régime méditerranéen". Hors, les populations installées depuis de nombreuses générations dans ces régions semblent plus sensibles aux accidents athéromateux, lorsqu’elles consomment un régime "banal", que la moyenne occidentale ! Elles n’ont donc, non seulement, pas une résistance génétique aux accidents vasculaires, mais une plus grande sensibilité. Ceci est parfaitement normal : les moyens (en partie génétiques) permettant de résister à des alimentations potentiellement athéromateuses ont été sélectionnés dans les populations les subissant et pas du tout chez les méditerranéens.
Il en est probablement de même chez les noirs Africains vis à vis de l’hypertension artérielle : vivant globalement dans des régions pauvre en sel, elles en consommaient peu. L’ouverture aux régimes occidentaux a brusquement augmenté la consommation de sel sans que génétiquement il y ait les moyens de compensation et les hypertensions sont devenues fréquentes.

Désolé d’avoir été si long ! Yves.


notes

[1] le phénotype est l’état d’un caractère observable (caractère anatomique, morphologique, moléculaire, physiologique, ou éthologique) chez un organisme vivant. Le phénotype est l’ensemble des caractères observables d’un individu (http://fr.wikipedia.org/wiki/Phénotype)



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