>>Sous dveloppement et dveloppement. L’Afrique.

10 juillet 2021
Cooperaction.org 

Yves GILLE - M'écrire

Il me semble que la premire et essentielle ide du Prsident Thomas Sankara a t la lutte contre les dtournements de toute sorte : dtournement de l’aide internationale, dtournement de l’argent publique, "dtournement" du travail publique... tous des fins personnelles et, peut-tre en corollaire, la fiert d’tre Burkinab.

La pauvret ostentatoire de son pouvoir, la surveillance des personnels politique et de l’usage que faisaient les fonctionnaires des outils de leur fonction... l’ont assez dmontr. D’ici penser que son limination physique fut lie cette volont bien plus qu’ ses autres ides "politiques" il n’y a qu’un pas, au moins aux yeux de l’observateur extrieur que je suis.

L’audience internationale que Sankara garde et l’admiration qu’il suscite dans le monde entier, bien des annes aprs sa mort, me semble essentiellement lie cette ide fondamentale qui dmontrait que, "en Afrique aussi, c’est possible". Yes we can avant l’heure.

Si c’est bien l qu’est sa premire pense politique, je rpondrais la question pose : "Comment peut on vouloir lapplication
du programme politique dun homme sans faire de la politique. Peut on
promouvoir Sankara sans Promouvoir sa vision politique ? En tant que
Sankariste, dois je adhrer a une association ET/OU a un parti Sankariste ?"
 : "non" la question "dois-je adhrer ?" : c’est d’abord dans son cur mais surtout dans ses actes quotidiens qu’on est Sankariste.


Selon le confrencier Marc de Sitivaux, que j’ai cout en mars 2008 et qui se montre habituellement de bonne qualit, la crise mondiale actuelle, suite aux subprimes (les sommes perdues, donc retires du march, sont vritablement colossales), ne pourra tre matrise, au mieux, que dans 18 24 mois et, au pire, durera plusieurs annes. Elle n’a probablement pas atteint son point le plus bas. Cette crise comportera une part d’inflation mondiale, un ralentissement ou une annulation de la croissance et, pour les matires premires, un renchrissement (mais peut-tre une stagnation ou une baisse, si les augmentations actuelles (janvier et surtout fvrier) sont surtout dues une spculation (ce qu’on ne peut pas encore savoir). Il est difficile pour les conomistes (type Ben Bernanke) de relancer la croissance car il y a un risque majeur de relancer l’inflation comme effet secondaire.
Donc, en rsum : du pessimisme.

Du point de vue du Burkina, si on se place dans une optique semi-macro conomique, la seule solution serait probablement d’augmenter son auto-suffisance donc son autarcie. Si ceci est valable dans la crise actuelle, a l’est aussi sur le long terme car il y aura d’autres crises ! En particulier, il faudrait augmenter les rendements des cultures pour assurer l’auto-suffisance alimentaire et dvelopper les carburants verts, dj substituts ou complments possibles pour les diesels. Hors, le pays a l’avantage considrable d’une surface par habitant encore importante. Inversement, il souffre d’une relative pauvret de son sol, en particulier, comme tout sol primaire, il manque de calcium dont il y a peu de sources locales (il se pourrait que le sud ouest en comporte puisqu’il me semble qu’il y a une zone marbrire).
Malgr cette pauvret, des rgions peine plus au sud, comme Sikasso au Mali ou le nord du Bnin, peuvent faire deux rcoltes par an (mais a demande du travail !).
Surtout, il subit un rgime pluvial difficile. Globalement, et sauf dans la rgion franchement sahlienne, les pluies sont de volume global suffisant : 1000 mm la latitude de Bobo - soit au moins 30 % de plus qu’ Paris - et 600 750 mm dans la latitude mdiane du pays. Par contre, ces pluies se limitent 4 mois par an pour 8 mois de scheresse peu prs totale. Il se pose donc un problme d’arrosage des cultures, nergtiques, vivrires, d’exportation, si on veut obtenir un bon rendement. Les arrosage partir de forages trs profonds (100 m) sont peu raliste hors cas ponctuels, d’autant qu’ils pompent souvent des eaux fossiles donc tarissables court terme. Il paratrait, en plus, que 70% des forages sont abandonns faute d’avoir t entretenu prventivement ! Il faut donc "mettre en rserve" la pluie. Les barrages de retenue ne sont qu’une mdiocre rponse pour de multiples raisons. En particulier, dans ce pays plat, le rapport surface profondeur d’un lac est trs dfavorable du point de vue de l’vaporation, intense. Le seul stockage sans vaporation peu coteux est celui dans les nappes phratiques mais, pour alimenter ces nappes, il faut ralentir le ruissellement lors des pluies et favoriser la stagnation. La solution est donc, probablement, de raliser de multiples mini barrages d’alimentation de nappe et de "niveler" le sol en une multitude de "petits" champs, ventuellement entours d’une banquette tanche, comme c’est fait dans le sud de la Tunisie. C’est un travail important mais, sachant que si c’est faisable artisanalement en Tunisie, a l’est au Burkina. Et que les forces de travail ont une disponibilit importante pendant toute la saison sche. Ceci me semble donc ralisable et sans besoin d’aucune aide extrieure ni mme intrieure : c’est une entreprise initialiser l’chelle du village.

Aprs tout, nos anctres ont construit une multitudes de "planches" ou "restanques", aux murs de pierres sches, dans une grande partie de l’extrme sud est de la France et sans aucune aide extrieure. C’tait bien plus difficile et techniquement et en quantit de travail que de niveler les champs burkinab !


D’autres pays ont su faire leur dveloppement : la Chine dont on parle depuis maintenant longtemps et qui avec une croissance de plus de 11% encore cette anne (2008), ne mettra que quelques annes rejoindre le monde "occidental" (et ne plus tre une concurrente "dloyale", par la mme occasion), plusieurs pays d’Amrique du Sud puis l’Inde qui a, elle, subit une colonisation dont la dure mais surtout la profondeur a peu de rapport avec celle, superficielle, des pays Africains.

Je reproduis ci-dessous le dbut de l’article de J. P. Ngoupand.

C’est essentiel car sans bon diagnostic on ne peut appliquer de traitement efficace !

(Le Monde, samedi 18 mai 2002)

L’Afrique suicidaire

par Jean-Paul Ngoupand

LE DISCRDIT qui frappe les Africains n’a pas d’quivalent dans l’histoire contemporaine de l’humanit. Pendant les sicles de la traite ngrire, nous tions assurment des victimes. Aujourd’hui, nous sommes nous-mmes les principaux fossoyeurs de notre prsent et de notre avenir. Au sortir de l’re coloniale, nous disposions d’appareils d’tat certes embryonnaires et rpressifs, mais qui avaient le grand mrite de remplir efficacement les missions lmentaires qui leur taient dvolues : scurit, sant publique, ducation nationale, entretien des voies de communication.

Aujourd’hui, les Etats sont liqufis dans la plupart de nos pays, les gardes prtoriennes et les milices politico-ethniques ont supplant l’arme, la police et la gendarmerie, qui ne sont plus que les ombres d’elles-mmes. L’inscurit s’est gnralise, nos routes et les rues de nos villes sont devenues des coupe-gorge.

La tragdie du sida nous rappelle dramatiquement qu’avec des administrations efficaces et responsables nous aurions pu endiguer le flau ses dbuts. Au lieu de cela, plus de 20 millions d’Africains, dont une majorit de jeunes et de cadres bien forms, ont dj t arrachs la vie, victimes des tergiversations de nos tats et d’une ambiance sociale dltre et ludique o le sens de la responsabilit individuelle et collective s’est vapor. Les crises politico-militaires et les violences de toutes sortes, l’appauvrissement des tats pris en otage par des coteries prdatrices, la propension des dirigeants se proccuper essentiellement de leur scurit et des moyens de conserver le pouvoir, tout cela a conduit au fait qu’un secteur aussi dcisif pour le prsent et l’avenir que l’ducation est naufrag un peu partout.

L’inscurit et le dsordre gnral, la criminalisation rampante dtats de plus en plus contrls par des systmes mafieux, les lourdeurs administratives et l’absence de rgles transparentes occasionnes par une corruption endmique font que les investisseurs privs ne se bousculent pas nos portillons, loin de l. Mme les donateurs publics nous considrent dsormais comme des puits sans fond et des cas d’acharnement thrapeutique.

Plus de quarante ans aprs la vague des indpendances de 1960, nous ne pouvons plus continuer d’imputer la responsabilit exclusive de nos malheurs au colonialisme, au nocolonialisme des grandes puissances, aux Blancs, aux hommes d’affaires trangers, et je ne sais qui encore. Il faut que nous acceptions dsormais d’assumer que nous sommes les principaux coupables....




site cooperaction ©  Vers Haut de la page  | http://www.cooperaction.org |  © Site créé par  Auteur site Claude Colonna