>>Sous développement et développement. L’Afrique.

9 octobre 2010
Cooperaction.org 

Yves GILLE - M'écrire

Il me semble que la première et essentielle idée du Président Thomas Sankara a été la lutte contre les détournements de toute sorte : détournement de l’aide internationale, détournement de l’argent publique, "détournement" du travail publique... tous à des fins personnelles et, peut-être en corollaire, la fierté d’être Burkinabé.

La pauvreté ostentatoire de son pouvoir, la surveillance des personnels politique et de l’usage que faisaient les fonctionnaires des outils de leur fonction... l’ont assez démontré. D’ici à penser que son élimination physique fut liée à cette volonté bien plus qu’à ses autres idées "politiques" il n’y a qu’un pas, au moins aux yeux de l’observateur extérieur que je suis.

L’audience internationale que Sankara garde et l’admiration qu’il suscite dans le monde entier, bien des années après sa mort, me semble essentiellement liée à cette idée fondamentale qui démontrait que, "en Afrique aussi, c’est possible".

Si c’est bien là qu’est sa première pensée politique, je répondrais à la question posée : "Comment peut on vouloir l’application du programme politique d’un homme sans faire de la politique. Peut on promouvoir Sankara sans Promouvoir sa vision politique ?En tant que Sankariste, dois je adhérer a une association ET/OU a un parti Sankariste ?" : "non" à la question "dois-je adhérer ?" : c’est d’abord dans son cœur mais surtout dans ses actes quotidiens qu’on est Sankariste.


Selon un conférencier, Marc de Sitivaux, que j’ai écouté lundi 3/3/8 et qui se montre habituellement de bonne qualité, la crise mondiale actuelle, suite aux subprimes (les sommes perdues, donc retirées du marché, sont véritablement colossales), ne pourra être maîtrisée, au mieux, que dans 18 à 24 mois et, au pire, durera plusieurs années. Elle n’a probablement pas atteint son point le plus bas. Cette crise comportera une part d’inflation mondiale, un ralentissement ou une annulation de la croissance et, pour les matières premières, un renchérissement (mais peut-être une stagnation ou une baisse, si les augmentations actuelles (janvier et surtout février) sont surtout dues à une spéculation (ce qu’on ne peut encore pas savoir). Il est difficile pour les économistes (type Ben Bernanke) de relancer la croissance car il y a un risque majeur de relancer l’inflation comme effet secondaire. Donc, en résumé : du pessimisme.

Du point de vue du Burkina, si on se place dans une optique semi-macro économique, la seule solution serait probablement d’augmenter son auto-suffisance donc son autarcie. Si ceci est valable dans la crise actuelle, ça l’est aussi sur le long terme car il y aura d’autres crises ! En particulier, il faudrait augmenter les rendements des cultures pour assurer l’auto-suffisance alimentaire et développer les carburants verts, déjà substituts ou compléments techniquement possibles pour les diesels. Hors, le pays a l’avantage considérable d’une surface par habitant encore importante. Inversement, il souffre d’une relative pauvreté de son sol, en particulier, comme tout sol primaire, il manque de calcium dont il y a peu de sources locales (il se pourrait que le sud ouest en comporte puisqu’il me semble qu’il y a une zone marbrière).
Malgré cette pauvreté, des régions à peine plus au sud, comme Sikasso au Mali ou le nord du Bénin, peuvent faire deux récoltes par an (mais ça demande du travail !).
Surtout, il subit un régime pluvial difficile. Globalement, et sauf dans la région franchement sahélienne, les pluies sont de volume suffisant : 1000 mm à la latitude de Bobo, soit au moins 30 % de plus qu’à Paris et 600 à 750 mm dans la latitude médiane du pays. Par contre, ces pluies se limitent à 4 mois par an pour 8 mois de sécheresse à peu près totale. Il se pose donc un problème d’arrosage des cultures, énergétiques, vivrières, d’exportation, si on veut obtenir un bon rendement. Les arrosage à partir de forages très profonds (100 m) sont peu réaliste hors cas ponctuels, d’autant qu’ils pompent souvent des eaux fossiles donc tarissables à court terme. Il paraîtrait, en plus, que 70% des forages sont abandonnés faute d’avoir été entretenu préventivement ! Il faut donc "mettre en réserve" la pluie. Les barrages de retenue ne sont qu’une médiocre réponse pour de multiples raisons. En particulier, dans ce pays plat, le rapport surface profondeur d’un lac est très défavorable du point de vue de l’évaporation, intense. Le seul stockage sans évaporation peu coûteux est celui dans les nappes phréatiques mais, pour alimenter ces nappes, il faut ralentir le ruissellement lors des pluies et favoriser la stagnation. La solution est donc, probablement, de réaliser de multiples mini barrages d’alimentation de nappe et de "niveler" le sol en une multitude de "petits" champs, éventuellement entourés d’une banquette étanche, comme c’est fait dans le sud de la Tunisie. C’est un travail important mais, sachant que si c’est faisable artisanalement en Tunisie, ça l’est au Burkina. Et que les forces de travail ont une disponibilité importante pendant toute la saison sèche. Ceci me semble donc réalisable et sans besoin d’aucune aide extérieure ni même intérieure : c’est une entreprise à initialiser à l’échelle du village.

Après tout, nos ancêtres ont construit une multitudes de "planches" ou "restanques", aux murs de pierres sèches, dans une grande partie de l’extrême sud est de la France et sans aucune aide extérieure. C’était bien plus difficile techniquement et en quantité de travail que de niveler les champs burkinabé !


D’autres pays ont su faire leur développement : la Chine dont on parle depuis maintenant longtemps et qui avec une croissance de plus de 11% encore cette année (2008), ne mettra que quelques années à rejoindre le monde "occidental" (et à ne plus être une concurrente "déloyale", par la même occasion), plusieurs pays d’Amérique du Sud puis l’Inde qui a, elle, subit une colonisation dont la durée mais surtout la profondeur a peu de rapport avec celle des pays Africains.

Je reproduis ci-dessous le début de l’article de J. P. Ngoupandé.

C’est essentiel car sans bon diagnostic on ne peut appliquer de traitement efficace !

(Le Monde, samedi 18 mai 2002)

L’Afrique suicidaire

par Jean-Paul Ngoupandé

LE DISCRÉDIT qui frappe les Africains n’a pas d’équivalent dans l’histoire contemporaine de l’humanité. Pendant les siècles de la traite négrière, nous étions assurément des victimes. Aujourd’hui, nous sommes nous-mêmes les principaux fossoyeurs de notre présent et de notre avenir. Au sortir de l’ère coloniale, nous disposions d’appareils d’État certes embryonnaires et répressifs, mais qui avaient le grand mérite de remplir efficacement les missions élémentaires qui leur étaient dévolues : sécurité, santé publique, éducation nationale, entretien des voies de communication.

Aujourd’hui, les Etats sont liquéfiés dans la plupart de nos pays, les gardes prétoriennes et les milices politico-ethniques ont supplanté l’armée, la police et la gendarmerie, qui ne sont plus que les ombres d’elles-mêmes. L’insécurité s’est généralisée, nos routes et les rues de nos villes sont devenues des coupe-gorge.

La tragédie du sida nous rappelle dramatiquement qu’avec des administrations efficaces et responsables nous aurions pu endiguer le fléau à ses débuts. Au lieu de cela, plus de 20 millions d’Africains, dont une majorité de jeunes et de cadres bien formés, ont déjà été arrachés à la vie, victimes des tergiversations de nos Etats et d’une ambiance sociale délétère et ludique où le sens de la responsabilité individuelle et collective s’est évaporé. Les crises politico-militaires et les violences de toutes sortes, l’appauvrissement des Etats pris en otage par des coteries prédatrices, la propension des dirigeants à se préoccuper essentiellement de leur sécurité et des moyens de conserver le pouvoir, tout cela a conduit au fait qu’un secteur aussi décisif pour le présent et l’avenir que l’éducation est naufragé un peu partout.

L’insécurité et le désordre général, la criminalisation rampante d’Etats de plus en plus contrôlés par des systèmes mafieux, les lourdeurs administratives et l’absence de règles transparentes occasionnées par une corruption endémique font que les investisseurs privés ne se bousculent pas à nos portillons, loin de là. Même les donateurs publics nous considèrent désormais comme des puits sans fond et des cas d’acharnement thérapeutique.

Plus de quarante ans après la vague des indépendances de 1960, nous ne pouvons plus continuer d’imputer la responsabilité exclusive de nos malheurs au colonialisme, au néocolonialisme des grandes puissances, aux Blancs, aux hommes d’affaires étrangers, et je ne sais qui encore. Il faut que nous acceptions désormais d’assumer que nous sommes les principaux coupables....




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