>>Quelques notes sur l’Agriculture en Afrique

24 août 2011
Cooperaction.org 

Yves GILLE - M'écrire

Ces notes et remarques ne sont pas celles d’un "expert" sur le sujet mais le fruit de lectures, discussions, constatations sur le terrain, réflexions car ce sujet m’a toujours semblé essentiel.

Les principaux ouvrages consultés sont brièvement décrits dans "Notes de bibliographie". Ce sont :
- Mémento de l’Agronome. Ministère de la coopération
- Ouvrages d’Hugues Dupriez et collaborateurs
- Initiation à l’agroforesterie en zone sahélienne
- Arbres du domaine soudanien

Il est évidemment impossible de citer toutes les discussions : sur le terrain avec des agriculteurs, des associations d’agriculteurs, avec un directeur des Eaux et Forets, par mail ou directement avec D-Y Alexandre, avec le président d’Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières (AVSF)... A partir de cela nous nous acquis quelques connaissances que nous essaierons de résumer ici.

L’agriculture Africaine et particulièrement dans la zone sub-sahélienne de l’Afrique de l’Ouest a des avantages, des désavantages et des particularités telles qu’il est impossible ou en tout cas très risqué d’y exporter simplement nos techniques occidentales.

Avantages Les avantages majeurs de cette zone sont :
- un ensoleillement intense et presque permanent sur toute l’année. Même en période de pluies les moments ensoleillés ne sont pas rares. Le soleil étant le moteur de toute croissance végétale, c’est un avantage majeur si d’autres facteurs (absence d’eau, pauvreté voire disparition du sol arable... travail irrégulier se limitant à couvrir les besoins...) ne viennent pas contrarier cette croissance.
Dans les régions sud du Burkina Faso ou du Mali, suffisamment arrosées certaines années, il est fréquent de pouvoir faire deux récoltes par an. De même, là où l’irrigation est possible, on pratique couramment des cultures "de contre saison" ;
- une absence de période hivernale. Elle est remplacée par la période sèche, période de repos pour une grande part de la végétation, en particulier les arbres. Mais, là encore, si l’eau peut être apportée, on s’affranchira largement des 4 à 6 mois d’impossibilité de culture hivernale ;
- un terrain plat ou à peine vallonné, dès qu’on est au nord de la chaine montagneuse bordant le golfe de Guinée.

Désavantages Les désavantages majeurs sont :
- l’absence quasi totale de pluie pendant 6 à 8 mois, rendant toute production impossible,
- la force des précipitations lorsqu’elles surviennent avec les destructions qu’elles entrainent, surtout sur des sols peu ou pas préparés à y résister. Le total des précipitations à Bobo-Dioulasso est en moyenne de 1 000 mm par an, soit presque le double de la région parisienne et 30 % de plus que la région lyonnaise. Comme, en plus, ces précipitations ne durent souvent que quelques heures par jour, on imagine la violence de la pluie - généralement de forts orages ou "tornades" - lorsqu’elle survient.
- une pauvreté habituelle des sols comme c’est souvent le cas pour les terrains primaires acides,
- une minceur habituelle de la couche arable,
- une couverture végétale faible encore altérée par les incendies (généralement suite à des brulis ou écobuage) et une déforestation pour fournir le bois de chauffe. Cette déforestation n’est pas ou mal contrôlée par les réglementations dont certaines sembles mal adaptées [1],
- une faible structure de cette couche arable, plus ou moins sableuse, facilitant l’érosion éolienne,
- une rareté et une irrégularité des eaux de surface,
- une certaine difficulté à obtenir des barrages efficaces pour l’irrigation des cultures : le terrain étant plat, les lacs de retenue sont d’une très grande surface par rapport à leur profondeur. Ils sont donc soumis à une évaporation intense : soleil presque vertical pendant 8 mois, vents (l’harmattan, en fait alisé du nord est) soufflant du désert, très sec et chargé de sable. Une retenue, pour être efficace aura donc une emprise considérable, et sur les zones les plus fertiles puisque nécessairement dans un bas fond.

Particularités sociologiques

Le système de possession de la terre est très différent de chez nous. Schématiquement on peut dire que la terre est (ou était : des réformes sont en cours) à tous ou à personne. Elle est donc allouée par le "chef des terres" et/ou le conseil villageois à un agriculteur pour une durée théoriquement limitée mais largement renouvelée s’il en fait bon usage. Cependant, même si cette jouissance est longue, nul ne peut dire quand elle sera arrêtée et, en tout cas, elle n’est pas héréditaire. Le résultat est une certaine indifférence à sa mise en valeur sur le long terme. Pourquoi effectuer des travaux difficiles, coûteux, rentables sur le long ou très long terme puisqu’on n’est que de passage ? On ne voit nulle part l’équivalent des travaux cyclopéens de murs de soutènement (planches, restanques) qu’ont réalisés, générations après générations, les agriculteurs de l’arrière pays niçois.

Cette attitude est d’ailleurs très compréhensible : dans un pays immense, ou la population était relativement très faible, la terre était exploitée jusqu’à son apparente stérilité. Le village se déplaçait alors vers une nouvelle zone fertile et laissait la nature revivifier la terre abandonnée en une forme de jachère de longue durée (10 à 15 ans ou plus). Ceci explique d’ailleurs peut-être la structure des constructions, évidement non faites pour durer, puisque le système était un nomadisme lent.

EN COURS DE REDACTION


notes

[1] Nous n’avons jamais bien compris cette réglementation, faute d’avoir pu voir les textes ou consulté les autorités compétentes. Nous avons cru comprendre que tout abattage d’arbre est interdit, sauf zones autorisées et sur autorisation. Résultat on ne planterait pas d’arbre puisqu’il ne pourra pas, ensuite, être abattu.



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